Tout en haut de la Charente-inférieure, devenue Maritime, il est un Chef-lieu de Canton, avec Brigade de Gendarmes à cheval... Eglise ... Agent-Voyer... Piquemouche... Henry Noizilleau... Roger Bouet... etc, solidement installé en bordure d'une belle forêt, qui s'est géographiquement détaché de la région du Poitou pour s'incorporer à celle de la Saintonge. C'est ainsi que ces Pictons sont devenus Saintongeais en ajoutant au nom d'aulnay, le complément de Saintonge, qui d'ailleurs, sera de plus en plus supprimé.

Cette charmante petite ville est traversée par un affluent de la Boutonne (qui, comme chacun le sait n'a jamais pris sa source sous l'Église de Chef-Boutonne) cette minuscule "Brédoire" nous arrive en droite ligne de la Fontaine de Saint-Aubin, toujours existante, entre Salles et Saint-Mandé, bourgade prétentieuse qui a usurpé son appellation de Saint-Mandé sur Brédoire.
Le canton d'Aulnay a faillit voir son amputation par un Maire de Néré ambitieux (un jour ou la sève lui remontait trop haut sans doute...) qui a tenté de couper en 2 les 24 Communes, désireux de s'approprier pour son bled la partie orientale et politiquement ségrégationniste du-dit canton. (la politique... déjà...).
Notre vieille Brédoire, souterraine en grande partie, alimente cependant 2 ou 3 importants lavoirs : La Planche... Le Grand Moulin... Le Pont de St-Martin... qui ont vu se succéder des dizaines de "baillots"..., qui ont retentis de milliers de coups de "battoirs"... qui ont résonné "à hautes voix confidentielles" de millions de critiques ou de faits divers, alimentés par nos spécialistes... Esther Pinsonneau... Solange Coiffé et autre Marie Leclou...
Aulnay disposait de tous les corps de métiers et la vie y était mouvementée, très active, autour d'une Place du Canton aux ombrages reposants, mais aussi le lieu de rendez-vous particulièrement fréquenté. Enfin rien ne pouvait se produire, se prévoir, être connu ou discuté ailleurs qu'au Café du Théâtre... autrement dit "CHEZ EDOUARD". Toutes les grandes discussions, tous les grands projets, tout le passé et ou l'avenir avaient ce point commun, ce Centre vital, et cet incontournable lieu était un véritable point de passage obligé de la vie Aulnaysienne.
C'est toujours "Chez Edouard", plus familièrement appelé "Le Comte de Chambord" qu'en 1938, le Groupe Musical est allé se rafraîchir après avoir enterré, avec la Marche Funèbre de Chopin, son ancien Président GEOFFROY ( Le Peintre) sous une canicule assoiffante. C'est là, et à ce moment précis que le tout nouveau et encore frétillant Président Joseph CAZAUBON a annoncé triomphale que la guerre venant d'être évitée, grâce aux Accords de Munich... la joie fut aussi retentissante que bruyante par les nombreux "demis " choqués en signe d'allégresse...
Mais ce Groupe Musical, déjà d'un demi-siècle, était en permanence en concurrence acharnée avec la Société des Fêtes... L'un aidant à la réputation de l'autre et vice-versa, d'autant qu'à peu d'éléments près... c'était les mêmes.
Il y avait aussi la Société de Boules, qui monopolisait la place tous les dimanches... même qu'une fois, le Père Duclou qui venait juste d'avoir son permis de conduire (après une bonne cinquantaine de leçons) ne connaissant que la ligne droite, avait choisi de passer sur la place pour rentrer plus directement chez lui, il y avait beaucoup de boulistes ce jour-là et craignant d'en écraser quelques uns, avait brusquement bifurqué à gauche, devant le Café Méchain, préférant écraser une bonne dizaine de vélos appuyés sur les arbres. Les jeux de boules se sont immédiatement arrêtés bien sûr car la B 12 était coinçée sur un énorme tas de ferrailles. Il a été nécessaire d'aller chercher 2 ou 3 crics pour suppléer à la main-d'oeuvre pourtant nombreuse mais insuffisante. Seul le Père Duclou s'en est tiré indemne, mais son porte-monnaie, lui, en a cruellement souffert...
Il y avait aussi une Société de Tir, mais qui ne se produisait que tous les 5 ans lors des Fêtes de plein air. L'entraînement se faisait surtout les dimanches matin d'été, dans l'île d'Amour à Durand sur la route de Pinsenelle et après avoir condamné les innombrables pièges à feu placés judicieusement dans cette carrière, à cause des visiteurs nocturnes tentés par la vision des exploits pornographiques du "béqueuilloux".
Il y a toujours, depuis 70 ans, une Société Football, d'ailleurs de plus en plus active mais dont la plus grande "envolée a" justement" été inspiré par le Père YACCA, dit BENARD, ex-notaire, dont les deux fils ; Auguste et "Le Sec" étaient les pilliers. C'est lui, le créateur d'une formule, maintenant utilisée dans le monde entier sous une appellation généralisée et multiple selon les raisons : "Y A QU'A" et les "FAUT QU'ON".
A Aulnay, comme de plus en plus partout ailleurs, on a créé l'idée fabuleuse pour les résultats espérés et productifs, d'aller chercher dans les environs et de plus en plus loin, pour une meilleure qualité et un rendement optimum : les meilleures rats-de-cave... et sportifs en tous genre... quand on aime, on ne compte pas !
Aulnay a atteint la plus formidable célébrité entre les 2 guerres, lorsqu'à été ouverte la "Carrière à Brillaud", aux souterrains multiples qui aboutissaient jusqu'aux Douves du Château... parfois au Château de Mondevis...et même à la Tour du Pouzat... délices des garnements de mon âge, dont les expéditions secrètes et évidemment défendues, relevaient de nos esprits conquérants et bien dignes de nos ancêtres, découvreurs du Québec, et même des Amérique du Sud...
C'est de la fameuse Carrière à Brillaud, située sous l'actuel C.E.G., qu'ont été prélevées les fameuses pierres uniques au monde, qui ont suivi à la construction de la Statue de la Liberté à New-York ainsi qu'au Lion de Belfort... universellement visités !
Mais revenons à cet Ambassadeur Aulnaysien, véritable Conquistador du Monde moderne et artistique ; Le Groupe Musical... aux milliers de Médailles glanées sous toutes les latitudes et dans les Concours Européens les plus réputées...LEZAY...CHATELLERAULT...SAINT-PORCHAIRE...CANCALE... LE MONT SAINT-MICHEL...BIARRITZ... et même BEDARIEUX dans l'Hérault. Il était "censément" l'ambassadeur représentatif national des instruments à vent...la quasi-totalité de ses membres actifs étant en même temps les consommateurs bi-journaliers et propagateurs des célèbres haricots demi-secs "De Pont l'abbé" dont les premières cosses ont vu le jour à AULNAY, dans les "Chaignebeaux".
Pendant des décennies, le Groupe Musical a été placé sous la haute présidence de René PERTHUIS, Patron de la plus grosse équipe de maçons aulnaysiens. Il n'avait pas d'enfant, mais relativement orgueilleux, en compagnie de son épouse, avaient la main-mise sur toute la dynastie et même la profession. Leurs directives étaient sans appel et tout ce qui marchait, comme on disait à l'époque : "au pas carré". Le frère Gilbert, qui ne connaissait pas la musique, était obligé de porter la Bannière... Le neveu Didiche était chef de rang des Altos... l'autre neveu Nestor était piston solo responsable des sonneries aux manifestations patriotiques... les employés occasionnels avaient les cuivres d'accompagnement... le cousin André Lépine jouait du cor d'harmonie et tous les artisans associés aux constructions des maisons avaient des responsabilités de pupitre. René Bricou était 1° clarinette, son fils Jean , 2° clarinette... Gougouille était chef des basses... le voisin Morin était clarinette solo... Le Lièvre (on l'appelait ainsi à cause de ses lèvres en bec de lièvres !) de Salles était 5° basse... parce qu'il montait dans les échelles porter les seaux de mortier... Jacques Bouquet de Salles et le voisin Edgar Guignace jouaient tous de l'Alto, etc... On comptait également toute la dynastie des Geoffroy, tous enrôlés par obligation familiale car l'aîné Benjamin (basse en cuivre rouge) était marié avec la soeur de la femme du Président et son fils Armand (basse en cuivre jaune) accompagnait Gustave, Alto en laiton chromé.
On comptait aussi Albert Chargelègue, à qui la puissance thoracique et ventrale faisait tenir la place de renfort, spécialiste des marches militaires, et piston chromé inoxydable, mais seulement disponible lorsqu'il avait trouvé son embouchure souvent mélangée à la ferraille de sa caisse à outils.
Le 1° Tambour venait de St-Pierre de Juillers, et seulement pour les défilés, toujours placé en tête de chaque défilé, en raison de sa petite taille (1m,48) ce qui ne se remarquait pas derrière la bannière. Si par curiosité on lui demandait si ce n'était pas son tambour qui l'avait empêché de grandir, il répondait invariablement qu'étant né une année bissextile... il ne grandissait que tous les 4 ans... mais lorsqu'il était fatigué, il tournait son baudrier par derrière et pouvait s'asseoir sur son tambour !
Le 2° Tambour était tenu par le père Lizot de Pinsenelle, qui ne venait aux répétitions que 3 ou 4 fois par an car il n'aimait pas conduire la nuit, sa voiture, déjà âgée était une ROSENGARD type biplace sans marche arrière et le plancher était fait de planche assemblées, permettant ainsi, en enlevant 2 ou 3 planches, de mettre les pieds par terre et soulever la voiture pour la tourner de côté. Plusieurs de ses collègues avaient su et aussi remarqué qu'en venant à Aulnay, et en traversant le dangereux carrefour du "Bureau" sur la route nationale, il ne manquait jamais d'arrêt et on lui disait souvent : un jour tu vas te faire tuer avec la circulation qui augmente sans cesse !!! Ce à quoi il répondait toujours : Bah ! O s'rait bein ine coïncidence... qu'o n'aurait un autre qui partirait de chez lui en même temps que mouè... !!! Finalement, après des années, et se sentant vieillir, il venait de moins en moins mais sa femme l'accompagnait toujours... en cas ! ...alors, arrivé devant le portail de chez Sagot, il arrêtait la Rosengard... sa femme descendait... allait voir 25 m plus loin au carrefour... regardait en face... à droite...à gauche... et revenait s'asseoir à côté du chauffeur et lui disait, avec satisfaction : tu peut y aller... y a personne !
Le chef-cantonnier, qui était bien sûr en relation étroite avec le chef des maçons, jouait de la clarinette, pas toujours... et seulement quand sa femme qui était fort jalouse, n'avait pas sa crise de dépression. On comptait aussi Albert Maissant qui lui, pouvait jouer de n'importe quel instrument, et qui venait en renfort, surtout les jours de banquet. Daniel Monnet, chef des clairons, présent uniquement les soirs de répétition où par tour de rôle, les rafraîchissements avaient lieu chez lui au Café de l'Union. Son 2° clairon, Coullay de Brie ne venait que les jours de beau temps car il détestait sortir son vélo par temps de pluie... Un beau vélo La Roulante... vert... qui couchait à côté de lui dans la venelle de son lit, bien enveloppé dans une couverture de laine.
Parmi les grandes vedettes du groupe musical d'Aulnay, il y avait sans conteste le plus fort : Henri Chabosseau, premier Saxo ténor, qui disposait de 2 ou 3 instruments selon les besoins, assisté de Pierrot Bréard, le virtuose du piston solo. Le 3° Saxo était Bidou, jeune élève du Chef et qui entretenait la musicalité de ses oreilles en manoeuvrant ses petits gorets afin d'en tirer des bruits correspondants aux notes de musiques, qu'il arrivait à sortir difficilement par manque de souffle, non pas en raison de sa capacité thoracique, mais parce qu'il n'a jamais su se moucher convenablement.
Enfin Pizose, l'imprimeur, fragile de construction, sortait très peu de chez maman Fanny. Il avait un état de faiblesse quasi permanent en raison d'une alimentation familiale très stricte : des nunus de sardines (en général 2 sardines pour 4) et des tartines compensatrices, larges et généreuses mais dont le "fricot" était souvent composé de marc et de café...
En général, au dernier rang, on trouvait Maurice Nivelle, une splendide contre-basse toute chromée mais qui ne sortait invariablement qu'une seule note, toujours la même, quel que soit le morceau. Son fils Bébert, était 6° basse débutante, non par vocation mais parce que c'était l'instrument qui correspondait le mieux à sa taille. Par définition une basse fait toujours l'accompagnement, soit environ 2 ou 3 notes, et toujours les mêmes. Sauf cependant dans l'exécution de la Marseillaise, étant patriote dans l'âme, il ne pouvait s'empêcher de faire le chant, ce qui, bien entendu, ne pouvait durer de longues années...
Il faut dire que dans le répertoire du Groupe Musical d'Aulnay, un morceau avait la vedette, dans la plupart des circonstances, c'était "LE TRAM" surtout parce que, joué des centaines de fois, on pouvait presque le donner par coeur, et Gaston Ferdinand BATARD, notre chef vénéré avait tout au long du morceau, une immense fierté, et son port majestueux, sa baguette énergique, ses moustaches arrogantes en faisait immanquablement un grand, un immense chef de musique, encore plus flatté lorsque la dernière note lancée, c'était un tonnerre d'applaudissements qui faisait lever tout l'orchestre. Ces rares moments d'allégresse ne sont arrivés que 4 ou 5 fois d'ailleurs dans la vie de notre auguste et exclusif amateur de Picon chaud.
Par contre lorsque la Marseillaise éclatait, il y avait des passages très difficiles, car elle était interprétée généralement après un banquet, c'est à dire une grosse consommation de gigot aux mojettes de Pont-l'Abbé tant appréciées. Il ne pouvait s'en suivre - logiquement - en cours d'exécution que d'innombrable " pets de maçons" évidemment nombreux, de qualité, et sur le fond, et sur les formes... mais qui ponctuaient - pas toujours à propos - les accords musicaux. Le chef avait pris l'habitude (cette seconde nature) de placer la caisse de Maurice Bouin, bien au milieu des gros cuivres, puisque, en général, les plus gros mangeurs. Instinctivement, Maurice plaçait ses coups de grosse caisse et de cymbale en couverture des bruits incongrus et non selon la partition normale... Evidemment cela heurtait parfois, surtout les oreilles mélomanes. Le plus choquant était cependant que même le morceau fini, Maurice continuait ses coups, plus obnubilé par le souci de camouflage des pets, que par l'instinct musical...zim...Boum...boum...
Bien entendu, la Fanfare d'Aulnay fêtait comme il se doit et annuellement, la Sainte-Cécile, sa patronne. Une tradition - immuable - voulait que le banquet (toujours copieux et arrosé) soit servi par Marguerite Giraud, patronne du Restaurant du Cheval Noir, Rue de la Bourgogne et spécialiste imbattable du Ventre de Veau toujours sélectionné par Marcelle Gillet dit Le Marquis, suivant une splendide court-bouillon d'anguilles de la Boutonne. Ces mets - toujours abondants parce que légers - étaient agrémentés parfois par les célèbres andouillettes à Zidore, ou bien par la formidable morue - vieille dessalée - dont Violette était la spécialiste incontestée.
Par reconnaissance à cette faveur, Marguerite Giraud avait fait apprendre la musique à son fils Néné qui avait opté pour la Flûte traversière. Elevé dès son plus jeune âge par Tante Zie et Tante Lotte, artisane de toutes les fêtes Aulnaysiennes...et plus par alliance, Néné était indirectement lié à la famille Perthuis en raison de sa parenté directe avec les Geoffroy.
Au fil des années, le quasi monopole des familles Perthuis, Geoffroy et Giraud dans la bonne ville d'Aulnay s'est trouvé supplanté par une véritable invasion de Vendéens qui, petit à petit, se sont installés d'abord aux 4 portes d'Aulnay, puis ont investis les postes cruciaux de l'alimentation, de l'agriculture et de la main d'oeuvre en général. Après la seconde guerre mondiale, la politisation de la cité... l'implantation d'une véritable dynastie a débuté par la monopolisation de l'administration communale...liturgique...et autoritairement 2 générations ont virtuellement réduit "aux acquêts" un patrimoine aux activités progressivement éteintes...
Petit à petit, le Groupe Musical a réduit ses représentations à l'intérieur de la région, suite au départ de ses plus illustres représentants, mais surtout par le non-renouvellement de ses membres actifs et l'absence d'élevés musiciens. Peut-être que le vieillissement du Chef Gaston-Ferdinand a été pour quelque chose, car l'on voyait plus souvent le Vieux Chef entrer au Café du Théâtre...que les élèves franchir la porte de sa maison où il prodiguait depuis des décennies, de patientes leçons à de turbulents élèves sous l'oeil impassible et même impavide de Madame BASTARD.
Les principales sorties de la Fanfare d'Aulnay étaient réduites au Banquet de la Ste Cécile...à quelques concerts sous les Halles...à la Ballade de la Chaume pour l'Ascension, mais surtout aux cérémonies du 11 Novembre dans les communes environnantes.
Tous les ans, au matin du 11 Novembre, on voyait André Brunet, chauffeur bénévole du Car du Football sortir son engin crachotant pour s'arrêter au Carrefour de la Place vers 8 h 30 du matin. Tous les musiciens (ou presque) convoqués, venaient s'y installer avec leurs instruments, et le 1° départ s'effectuait immuablement vers le monument aux morts de Paillé ou, à 9 h 30 précises, Agénor Perdriat, entouré de son Conseil Municipal faisait les honneurs de sa cité. Alors, Nestor Perthuis - grand spécialiste - entonnait la sonnerie Aux Morts dans un lourd silence. Aussitôt les 30 secondes terminées, Le Maire invitait tous les présents à un Vin d'honneur à la Mairie. Un large étalage de Bouteille, de Verres, d'assiettes de gâteaux charentais, venaient combler une bonne fringale de nos courageux musiciens, car de bon matin, les musiciens, réputés gros mangeurs, bons buveurs et un tantinet feignants, avalaient avec délice 3 ou 4 morceaux de gâteaux et terminaient par plusieurs rasades de rosé ou de rouge. Et tous le monde remontait dans le car à l'ami Brunet qui, en général, laissait tourner le moteur par crainte de ne pouvoir repartir.
Direction Nuaillé sur Boutonne. Là c'était André Delage, de Coudioux, qui attendait la Fanfare, entouré lui aussi de quelques uns de ses Conseillers et une dizaines d'anciens Combattants. Mais, hélas, l'ami Nestor, qui n'avait pas l'habitude de boire et manger dès le matin, et de plus était handicapé par ses hanches préférait rester assis. Le Chef Gaston-Ferdinand désignait alors, soit Orthuon de St-Mandé, soit Coulay de Brie, mais ce dernier qui n'avait pas fait de régiment, donc ne savait pas marcher au pas, ne connaissait point la sonnerie Aux Morts... Alors le service était assuré par Orthuon...Sitôt la minute de silence finie, environ 20 secondes, le Maire emmenait tout le monde à la Salle des Fêtes et à nouveau...re-dégustation de gâteaux, mais avec moins de succès cette fois-ci, mais les verres de vin ne connaissaient aucun ralentissement, ce qui justement accentuait l'ambiance mais ralentissait les ardeurs à jouer.
Rembarquement dans le car...et direction Dampierre sur Boutonne. Le Père CAVIER, toujours bien cravaté, ceinturé de tricolore et son Garde-Champêtre en tenue de parade tenait déjà au garde-à-vous les 8/10 Dampierrois venus surtout pour la dégustation. La plupart des musiciens se sentaient obligés de faire honneur à cette nouvelle dégustation, avec un seul bout de gâteau pour chacun, mais toujours de 4 à 6 verres d'un petit blanc sec de l'île de Ré...celui qui s'avale en se tenant aux barreaux de la chaise, mais les musiciens en ont vu d'autres...
Avant-dernier re-départ en car, pour La Villedieu cette fois, ou le Roi des Chasseurs et aussi Maire Daniel Chartier avait organisé succuleusement... son garde-champêtre également fossoyeur était au boulot, mais 7 ou 8 charmantes dames, en tenues adéquates, avaient préparé de savoureux toasts au pâté de garenne et au farci du Poitou, arrosés de Pineau rouge et rosé. Il faut dire que l'ami Chartier, veuf depuis longtemps, très bel homme, très courtisé ce qui n'était pas pour lui déplaire, avait vraiment bien fait les choses...presque toutes les bouteilles de Pineau ont fait une mort splendide et les toasts plats nets...quelle ambiance mes amis... tant qu'au bout d'un moment Gaston-Ferdinant se rappela que la cérémonie aux morts n'avait pas été faite avant... tout le monde, assez confus, rappliqua devant le monument et je crois bien que la minute de silence fut assez curieuse, en effet, plus personne ne semblait capable de jouer...Henri Chabosseau se dévoua et avec son saxo ténor arriva à imiter un clairon enrhumé...Bizarre...vous avez dit bizarre...pis que cela, hélas...et Brechtt...tous en car !
Heureusement que Brunet n'avait pas bu et que le car tournait rond...il en avait de besoin...car l'arrivée à Aulnay a été faîte avec plus de 3/4 d'heure de retard. Monsieur le Maire d'Aulnay Edmond Aulard était rouge de colère...Taupin le garde-Champêtre n'arrêtait pas de cracher ses chiques...toutes les bannières étaient couchées dans l'herbe, les gosses des écoles jouaient à cache-cache autour des arbres du Château et quasiment tous les Anciens Combattants étaient attablés chez Blondeau, devant soit un Mandarin-citron ou un Bocal à la fraise. Le reste de la foule était assis sur les marches de la poste et la Mairie...tout ce joli monde a fait au mieux pour prendre place en vitesse sous les ordres vigoureux de Rouhaud dit Taupin, et 20 minutes après on attendait toujours les musiciens tous ou presque...endormis ou "étralés" dans l'allée du car. Le Chef a quand même repris un peu ses esprits et n'ayant pas pu obtenir un seul volontaire pour faire la sonnerie réglementaire, il a décidé Néné Giraud à se mettre au pied du poilu...c'est ainsi que l'ultime sonnerie aux morts a été faîte par la Flûte traversière qui, ce jour-là a sauvé l'honneur du Groupe Musical d'Aulnay.
André Brunet est aussitôt reparti chez lui...en car...qu'il avait garé justement...et par bonheur, sinon comme par hasard, devant chez Edouard ! Il est probable que la tournée générale habituelle, n'a pas coûté trop cher au Trésorier ce jour-là.
Au banquet de la Ste-Cécile suivant, le Groupe Musical donnait - comme d'habitude - et à l'heure du Five-O-Clock-Tea de 5 heures un Concert à la Salle des Fêtes avec au programme le sempiternel "TRAM"...Sambre et Meuse... la 5° de Beethoven...etc...et un petit incident a faillit faire un scandale ; un coquin avait enlevé la anche de la clarinette à René Bricou et l'avait remplacé par un bout de fromage de Comté qui, lui, bien sûr ne pouvait vibrer et donc ne faire sortir la moindre note, et pourtant notre ami René s'époumonait, soufflait à se faire éclater les veines du cou, rougissait à vue d'oeil et Gaston-Ferdinant qui avait remarqué les efforts anormaux de son 1° et plus ancien joueur de clarinette a cru à une "attaque" ou bien un coup de sang brutal...a donc arrêté le cours du morceau ! Comme la santé de René n'était pas en cause, un voisin a eu l'idée de démonter le bec de la clarinette et a découvert aussitôt la blague...la tragédie avait été évitée de peu, mais notre copain Pierrot Bréard, le garnement auteur n'a pas cru bon rire, et pourtant ce n'était pas l'envie qui lui manquait...Petit incident classique chez les champions des dièses et des bémols...Tiens à propos de bémol, je dois vous dire aussi qu'un de nos musiciens des plus assidus, des plus indispensables car le Groupe Musical n'a jamais appris la musique, il connait cependant son solfège et peut quand même lire une partition après quelques heures de lecture. Une seule difficulté, mais de taille, il n'a jamais pu sortir de son instrument...le LA...! Eh oui... depuis plus de 20 ans il n'a pas encore trouvé le LA. Bien sûr il doit normalement être entre le SOL et le SI...plus précisément entre le SOL DIESE et le SI BEMOL. Eh bien non si encore il y avait des crans, il aurait pu le marquer avec un fil rouge...bien sûr ses copains aussi ont essayé...sans succès...Comme chacun le sait un Trombone à coulisse est un instrument à vent...sans aucun piston...et il est composé de deux parties qui s'emboîtent l'une dans l'autre...on tient d'une main l'embouchure et la partie fixe... avec l'autre main on enfonce doucement la partir mobile ou on l'enfonce, selon la note désirée, pour les autres on y arrive assez facilement vu qu'en général elles se suivent comme dans la gamme dont l'origine remonte au X° siècle :
UT quiam laxis
RE sonaré fibris
MI ragès tuorum
SOL vépoluti
LA miréatum
Le SI a été trouvé bien plus tard, vers le XVIII° siècle, mais l'on a retenu depuis, que les 2 premières lettres des vers faîtes à l'origine par Gui d'Arrezo à l'hymne de St-Jean Baptiste. Seul le UT d'origine a été transformé en DO, bien plus euphonique !
Mais pour Georges Veteau le LA n'avait sans doute jamais été prévu sur son trombone, à moins comme disait Pierrot Bréard qu'il y ait des trombones pour gauchers et pour droitiers...Personne ne s'en doute...mais cet instrument est le plus terrible à jouer. Selon la longueur des bras on peut faire par exemple un FA dièse qui est plus fort qu'un FA naturel...Si on raccourcit encore le tube on fait alors un FA bémol...ce qui fait que sur le même instrument on a 7 notes naturelles, et avec les dièses et les bémols, on en trouve 21...c'est terrible...mais pas tant qu'avec un accordéon où il y en a beaucoup plus, mais on n'est pas obligé de se servir de toutes...car c'est alors une question de longueur de doigt...et il faut bien le dire aussi...d'habitude... !
Bref, pour en revenir à Georges Veteau, son problème du LA a durée toute sa vie, malheureusement trop courte hélas...mais pendant des années on a eu peur de le voir faire une dépression...alors quand il y avait un LA eh bien, il le sautait tout bêtement... et personne ne s'en est jamais aperçu... !
Mais, comme je vous disais tout à l'heure...à propos de bémol...on a eut souvent des problèmes aux répétitions...surtout quand le Chef Gaston-Ferdinand nous donnait un nouveau morceau...Oh pas souvent heureusement, et il faillit en faire des répétitions avant de l'apprendre...et puis tous les morceaux n'étaient pas pareils...Il y en avait des clés de SOL...d'autres avec des clés de FA...Il fallait en faire des essais pour mettre tout le monde d'accord...Une fois, je me rappelle...il y avait 4 bémols à la clé !!! Encore quelque chose de facile à retenir...se rappeler que le SOL était le SOL BEMOL...que le RE était le RE BEMOL etc... et même parfois il y avait un RE naturel,on le savait parce qu'il y avait un BEQUARRE...soit à droite...soit à gauche...selon la place, et il fallait quand même conserver la mesure, c'est à dire regarder le Chef, tout en lisant les notes...quel bazar...! je vous garantis que celui qui a inventé les dièses et les bémols était bien un assassin de la musique...et pourtant...c'est un peu comme les lois de Napoléon...pas facile à supprimer !
Donc un soir... pour un nouveau morceau, on a fait une première tentative...au bout de 10 mesures le Chef Batard a tout arrêté...une véritable cacophonie... d'ailleurs il était difficile de reconnaître ceux qui jouaient bien de ceux qui jouaient mal...alors on a recommencé et, pour nous mettre en confiance, le Chef nous a dit : Ecoutez mes enfants...je vais vous faciliter les choses... : Essayer de jouer chacun pour vous...du mieux possible...et je ne vous arrêterai plus...le principal est qu'on termine tous ensemble sur la dernière note, car un couac à la fin est toujours désagréable à entendre et le principal...c'est la fin...même si vous préférez sauter les dernières notes...Si on arrive tous ensemble, au même moment...ce sera parfait ! Allez...on reprend au début...boum...zim...boum...Oh là là mes aïeux...on a peut être fait une douzaine de lignes, et patatras... on aurait dit un concours de tirs aux pigeons d'argile...une catastrophe...alors, le chef a dit une nouvelle fois...STOP...STOP...Mais comment faire ??? jamais on avait fait tant de dégâts à une répétition, alors on a fait une pause d'au moins une demi-heure...on a tous essayé de trouver une solution...vraiment pas facile...finalement le Chef a pris une décision énergique...et définitivement...Mes enfants...il faut en sortir...je vous fait une proposition : on va supprimer TOUS les bémols...tant pis...vous ne ferez que les notes au naturel...comme une boîte de thon par exemple !
Eh bien...vous me croirez si vous voulez...on s'en est sorti à peu près...je dis à peu près car Maurice Bouin, avec sa grosse caisse et ses cymbales était complètement brouillé...comme il tapait surtout en ne comptant que sur ses oreilles...ou sur les pets, selon...il n'entendait plus les moments propices pour donner ses coups et les boums-boums arrivaient souvent en contre-point...alors on lui demandait d'arrêter de jouer carrément, pour ne plus brouiller des résultats aussi difficilement obtenus...Et c'est ainsi que ce morceau (dont le titre m'échappe) nous a fait décrocher la Grande Médaille d'Or au concours de Lezay en 1936 !!!
Eh...oui...c'était bien ça la Fanfare d'Aulay... Ce magnifique Groupe Musical aux mille médailles, qu'il me semble encore entendre...dans le lointain de mes souvenirs........!
R.N.
Niort le 10 Avril 1997
N.B. Ce texte, élaboré au cours de l'hiver 96/97, a pour origine un spectacle de J.P. BODIN, adapté par Robert Nivelle avec un mélange d'idées "mélancolico-satiriques" comme aurait dit notre poète Raoul COUTIN, plus, une dose modérée de petits "mensonges pour rire".
Il se veut un conte pour le coin du feu, une sorte de réminiscence autour d'une photo de 60 années, seulement pour le souvenir d'hommes et d'une époque ou la qualité de vie avait un sens profond : l'amitié.
Deux Amis très chers ont été respectueusement oubliés dans le texte (pas dans la photo), l'un pour le drame fraternel de sa mort...l'autre, toujours vivant, pour la profonde Amitié qu'il partageait avec mon père.
Communauté de Communes du Canton d'Aulnay - 13, rue des Carmes - 17 470 Aulnay de Saintonge - tel. 05 46 33 19 43 - fax. 05 46 33 04 67
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