Pour tous ceux qui ne sont pas au fait de l’évolution de la dialectologie, je me dois d’expliquer en quoi consiste le dialecte «poitevin-saintongeais».
Au début des années 70, avec l’instauration de la région Poitou-Charentes, on a instauré un cours de langue régionale à la Faculté des Lettres de Poitiers. C’est à ce moment là que les responsables de la politique culturelle régionale on décrété que la langue régionale était le poitevin-saintongeais. Jusqu’alors on parlait poitevin en Poitou et saintongeais dans les Charentes. Le « poitevin-saintongeais » est donc une invention récente. Les deux associations qui défendent la culture régionale (l’UPCP en Poitou et la SEFCO en Saintonge) se sont alors engouffrées dans la défense de ce nouvel idiome qui ne correspond à rien. Depuis trente ans ce sont toujours les mêmes associations qui soutiennent l’existence de ce parler contre l’avis de 99% des patoisants qui réfutent l’existence de ce patois dans lequel ils ne se reconnaissent
pas.
Le « poitevin-saintongeais » est une langue tout à fait exceptionnelle puisqu’elle est, à ma connaissance, la seule et unique langue au monde à n’être qu’écrite ! Il existe de par le vaste monde des centaines d’idiomes parlés mais non écrits. La langue de nos ancêtres les gaulois ne s’écrivait pas. Il était même formellement interdit aux druides d’écrire. (Pythagore avait repris cet interdit pour ses disciples, l’un d’eux fut condamné à mort pour avoir révélé par écrit certaines règles enseignées par le maître). Et aujourd’hui, pour la première fois dans l’histoire de la linguistique, on a une langue qui n’est parlée par personne mais qui s’écrit.
En effet le « poitevin-saintongeais » est en réalité le patois poitevin ou le patois saintongeais écrit avec la graphie imaginée par quelques intellectuels poitevins dans les années 70. Ainsi dans cette bibliographie figure un texte de Burgaud des Marets, qui est du pur saintongeais,
mais qui a été transcrit avec cette nouvelle graphie. Du coup ce texte en saintongeais est devenu un texte en « poitevin-saintongeais ». J’aurais pu prendre un exemple avec un texte en poitevin, évidemment. L’autre caractéristique fondamentale de ce nouvel idiome c’est qu’il possède une
« graphie normalisée » censément illisible par le commun des mortels. Seule une poignée d’éminents linguistes (tous poitevins au demeurant) parviennent à lire un texte en « poitevin-saintongeais».
Personnellement j’en suis totalement incapable, je le confesse et je me complais à écrire ine cagouille comme en français et non pas cagoulle, ine pianche et non pas pllanche… Dans cette bibliographie j’ai donc été contraint de placer un chapitre consacré au « poitevin-saintongeais »
car les textes répertoriés intéressent le patois saintongeais, mais il m’était absolument impossible de placer ces textes (dont certains sont néanmoins d’un grand intérêt) au sein du chapitre consacré au patois saintongeais. A la limite on pourrait éventuellement utiliser le terme « poitevin-saintongeais » pour le patois parlé en Charente dans les villages à la limite des Deux-Sèvres où le saintongeais est quelque peu « mâtiné» de poitevin.
Je ne répertorie pas dans ce chapitre les textes « poitevin-saintongeais » transcrits du poitevin.
Jean-michel HERMANS
« M’y queneu pas granman en fait de biâ langage,
Parle coume i parlan teurtous dans mon village. »
Au vent des souvenirs, un soir j’ai fait un rêve
Et j’ai vu refleurir, sortant d’un vieux coffret,
En une heure charmante, autant qu’elle fut brève
Le rappel d’un passé que mon pays m’offrait.
Et j’ai vu défiler, ainsi que dans un songe,
Les yeux à demi-clos pour voir avec le cœur
Ce pays merveilleux qu’on nomme la SAINTONGE
Gâté par la nature et combien séducteur !
C’est le pays joyeux où la grive d’automne
Se grise de fruits d’or parmi les pampres roux,
A l’appel des « coupeurs » qui boivent le vin doux.
C’est la « SEUGNE » dolente au long cours qui serpente
Et c’est aussi, là-bas, le doux fleuve CHARENTE
Cette écharpe d’argent du beau pays santon !
Puis les murs écroulés d’où l’on voyait des stalles,
Les gladiateurs casqués dans le cirque romain
Où le vaincu tombé attendait des vestales
La grâce ou bien la mort d’un signe de leur main !
C’est l’île d’OLERON, c’est l’île lumineuse
Où le mimosa d’or fleurit malgré l’hiver
Auprès des maisons blanches… c’est la grande charmeuse
Où LOTI, éternel voyageur de la mer
Oubliant pour toujours « Madame Chrysantème »
Chantre de « Ramuntcho » et chantre du soleil,
Dans l’enclos des aïeux est revenu quand même
Reposer sous un myrte en un dernier sommeil !
C’est ROYAN qu’une fée surnommait « la coquette »
Un écrin entr’ouvert sur le vaste Océan
Une vague à VALLIERES… le vol d’une mouette…
Un coucher de soleil sur le vieux CORDOUAN !
Et c’est aussi la terre à la liqueur divine
Où croît la sainte vigne au pays du cognac
Et les hauts sapins verts d’où saigne la résine
Des gars au grand béret des landes de JONZAC !
C’est un soir embaumé au bord de la BOUTONNE
Qui passe, langoureuse entre les peupliers
Et la forêt d’AULNAY où quelque piqueur sonne
Du cor pour appeler ses chiens dans les halliers !
C’est le cadre enchanteur des rives de l’ANTENNE :
MATHA et ses lavoirs, auprès d’un vieux château
Où l’on mangeait, grillée, à la mode ancienne
L’anguille des graviers « buffée » par un chapeau !
C’est un conte de fée à l’abri des poternes
D’un manoir de légende, austère mais charmant :
Stalactites d’argent suspendues aux cavernes
LA ROCHECOURBON de la belle au bois dormant !
C’est BROUAGE-la-morte qui vit une princesse
Pleurer sur ses remparts son amour infini,
Dont les machicoulis ont connu la détresse
D’un cœur qui fut celui de Marie MANCINI
C’est FOURAS… l’Ile d’AIX… la fin des épopées…
La chute d’un empire et les ailes brisées,
Un conquérant trahi par le sort des épées
Méditant sur la gloire et les lauriers passés !
C’est le pays sacré des mangeurs de « chaudrée »,
Des mangeurs de « cagouilles », de « mongettes » aussi,
Des mangeurs de « graton » et de la « tantouillée »
Que les gourmets fervents appellent « gigouri » !
C’est le pays béni où l’on sert les saucisses
Avec l’huître de « Claire » arrosée de vin blanc.
MARENNES réputées qui faites nos délices,
Huître de la TREMBLADE ou bien de BOURCEFRANC !
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Les femmes de chez nous, en coiffes de dentelles,
Immenses cathédrales tissées en plus d’un soir,
Plus fines que ne sont de fines « arentelles »
Pendant quelques instants sont revenues vous voir.
Evoquant devant vous quelques joies éphémères
Habillées comme il sied, à la mode d’antan,
En les voyant « tourner » les danses des grand’mères
Vous sourirez à ce rappel du bon vieux temps !
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Sourire… c’est déjà signe de bonne humeur…
Qu’importe si la muse en un méchant poème
Pour chanter la Saintonge a trahi son auteur,
Ce soir mon cœur m’a dit de la chanter quand même !
Goulebenéze 1945
« Argardez donc seul’ment ine cagouille de Chérente
Thielle paur’ chéti bétière qu’est theurjhou combin lente,
Mais qu’aboute vour’ qu’a veut, même s’o y a d’l’opposance,
Thieu ch’min d’la cagouille, olé nout’ espèrance. »
Pour conserver vivant le parler ancestral,
Si fin, si savoureux où ma langue est à l’aise,
Et qui fleure si bon la terre saintongeaise,
Nous avons eu plus d’un félibre majoral :
Burgaud des Marets, le précurseur magistral,
Yan Saint-Acère aussi, trop grand pour qu’on le taise
Et nous gardons toujours le cher Goulebenéze,
Notre unique cigale…il nous manque un Mistral.
Il nous manque Mireille à la vigne occupée,
Il manque sa chanson, il manque l’épopée
D’une terre où les feux du soleil sont les plus doux ;
Et ma mélancolie est grande quand je songe
Que bien souvent déjà les enfants de chez nous
Ne savent plus parler le patois de Saintonge.
Charles BOINAUD (1892-1958), de Salles d’Angles, viticulteur et maire
Zidore ..... "le Cochonéro"
Il était natif du marais poitevin, ce vert pays semi-aquatique, qui a eu d'autres célébrités:
avant lui, René CAILLE qui a découvert Tombouctou et, depuis, LOVA MOOR qu'un parisien du Far -West a découverte pour quelle se découvre... un peu plus encore !
Il venait de Mauzé ou il aurait mis un jour la clef sous la porte, l'usage du paillasson n'étant pas encore très répandu. C'est ce que disaient les mauvaises langues d'Aulnay car, parait il il y en avait en ce temps là !
Des petits yeux malicieux dans un visage tout rond, sous un crâne "imberbe"... On ne pouvait s'empêcher en le voyant, de penser aux traits de caractère ou de physionomie qu'on retrouve parfois à la fois chez le chasseur et le gibier... le torero et le "torro", le bourreau et sa victime.
ZIDORE n'officiait pas toujours dans la pénombre sinistre de l'abattoir. Non pas comme le torero au soleil dans l'arène... mais dans l'air frais du petit matin, dans un coin d'une cour de ferme... où il arrivait en claudiquant légèrement.
Et là , pas de décor grandiose, pas de foule hurlante, pas de fanfare, pas d'habits de lumière ! le fermier pour aider, sa femme quelquefois, et le petit garçon qui voulait voir "tuer le goret". Et puis ... l'autre, sur la paille; l'autre qui n'avait pas le choux des armes, dont on ne proclamait ni la noble origine ni la masse de son corps... l'autre qui attendait... Pour lui pas de banderilles pas de passes savantes... seule coquetterie dans l'accomplissement du rituel d'usage: Le "chloroforme" comme le verre de rhum du guillotiné de jadis.
d'un geste précis et magnanime le maillet de bois envoyait le patient au paradis porcin, sous les vers ombrages de chênes à truffes, entouré de truies roses, avant la mise à mort, sans muleta: moins glorieuses mais plus discrète. Et, avant l'épisode suivant rappelant JEANNE sur le bûcher, ou la fin des cathares, au petit garçon qui regardait avec des yeux ronds, il demandait "as tu un couteau mon petit ? ". Fier de posséder ce mâle instrument le garçon lui tendait aussitôt le simili Pradel acheté à la foire, ZIDOR ouvrait la lame à bout rond et, soulevons la queue du cochon, l'enfonçait jusqu'à la garde dans l'intimité de celui-ci en disant avec son accent poitevin prononçant les sons "an" en "on" : met z'y ton douet dans l'oeil - et il redonnait l'arme glorieuse au gosse tout penaud de l'usage imprévu !
Mais ce cochon là, ZIDORE ne le cuisinerait pas ! Une fois découpé, méconnaissable, il sera cuisiné et mangé en famille.
Que dire de ses oeuvres ? tout d'abord le terme savant de "laboratoire" ne s'employait pas encore... Et puis aurait il vraiment convenu ??? Certains disaient... que les boyaux n'étaient pas bien lavés... Peut-être ! Avant le service d'eau en 1938 ! Il y avait bien les puits... et aussi la calme et fluette Brédoire qui ne connaissait pas encore la pollution actuelle des lessives et autres produits malfaisants, où tout était simplement dégradable peut-être bio, et pas dégradant du tout.
Cette douce Brédoire où MARGUERITE, du Cheval Noir faisait flotter entre deux eaux, la veille des jours de foire d'Aulnay, entre la rue du pont du four et la planche, la divine morue : Sa spécialité du lendemain qui faisait les délices des habitués. La morue qui se déssalait lentement, en amont de la teinturerie, mais en aval de nombreuses chutes directes, anonymes, douteuses mais discrètes... Et cependant presque en face on attrapait encore des vairons à la carafe ! Heureuse, sinon belle époque !!!
Et ZIDORE régnait sur ses chaudrons et ses "poëlonnes" d'autres n'appréciaient pas toujours le fumet qui flottait au dessus de toute goraillerie. Mais tout prés, sur l'autre rive du ruisseau le bouc de chez PAPOT, seigneur et maitre de son harem caprin... le bouc dispensait à tout vent son parfum de musc, aux effluves mâle et forte qui se mélangeaient à celles plus subtiles, de la gastronomie porcine de ZIDORE.
"Monsieur HENNESSY" son gendre, le boucher, demandait toujours devant un plat de charcuterie, et avant de se servir : Ca vient pas de chez ZIDORE toujours ?
Cependant on n'a jamais relevé dans les annales de cette époque de décès ayant un rapport quelconque avec la consommation des produits provenant de son officine... Jamais on n'a parlé de dérangements, de coliques, des "cochonneries" mal digérées !
En bon épicurien, sa devise était :
" i z'y bouais, i z'y monge, i z'y dors "
Mais tout est périssable ici bas ; à commencer par ses oeuvres. Seule sa philosophie est éternelle, et, maintenant où il repose... Peut-être pourrait on encore l'entendre murmurer : "et oui y zy dort"
L'anecdote du petit garçon au couteau est en réalité un condensé de deux gags chers à ZIDOR :
1 ) - Il soulevait la queue du cochon, enfonçait un doigt dans l'orifice arrière de celui ci, le retirait prestement et suçait un autre doigt de la main, avec satisfaction. Puis il encourageait le garçon à en faire autant en disant : "mets lui ton doigt dans l'oeil ! "
2 ) - Ou bien il demandait effectivement si le petit garçon avait un couteau ; le gosse, qui croyait se rendre utile, était ensuite fort dépité de l'usage que ZIDORE en faisait et très embarrassé de la restitution du couteau... Après l'estocade posthume, peu orthodoxe, de l'animal !
Certains pourraient s'étonner aujourd'hui que les enfants semblaient prendre plaisir à voir "tuer" le cochon... "Cet âge est sans pitié" a dit V.H. Maintenant B.B. ameuterait les médias... !
Mais à cette époque, pas tellement éloignée, dans nos campagnes, c'était un heureux évènement ; dans beaucoup de foyers on élevait un cochon. On ne pensait qu'à la suite : Tant de bonnes choses sur la table pendant un bout de temps pour améliorer l'ordinaire.
On ne pensait pas à l'égorgement bestial, on entendait pas les cris de la victime. On voyait pâtés, grillons, rôtis, grillades, civets, saucissons et jambons. D'ailleurs, ne disait-on pas de gens avares : "que, comme le cochon, il ne fera du bien qu'après sa mort !" Ce n'était peut-être pas très "culturel"...
Pour beaucoup, c'était le cri du ventre. Mais, tuer le cochon, et surtout "faire la cuisine du cochon", c'était aussi un repas, une réunion de famille... Somme toute, la convivialité avant l'heure...
J.Q. 1992
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