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La Communauté de Communes - Bonus - Pages d'histoire - La Grande Misère

La grande misère des gens d'Aulnay à la fin du règne Louis XIV

Tout le monde connaît an moins de réputation la magnifique église romane de Saint Pierre d'Aulnay, que l'on dit maintenant être "de Saintonge" bien qu'elle fut, jusqu'a la période révolutionnaire, située; en terre poitevine. Ce n'est donc pas de cet édifice que nous parlerons aujourd'hui, mais des conditions de vie des habitants du bourg situe a I'est, a une distance voisine d'un quart de lieue. Et nous bornerons notre étude a la période correspondant aux trente dernières années du règne de Louis XIV.
 
         “Aulnay n’est point une ville. Il n’y a jamais eu d’hôtel de ville, ni maire ni échevins ni jurats.” (1) C’est un syndic qui défend les intérêts de la paroisse et il est d’usage en ce lieu que les syndics exercent leur charge pendant deux années. “Aucun habitant n’est propriétaire de l’office de capitaine et de lieutenant de bourgeois.” On n’y paie point de droits d’octroi : ces droits qui, levés sur les gens et les denrées avec l’autorisation du roi, constituent à cette époque la moitié du revenu des villes. C’est une preuve encore de ce qu’Aulnay “n’est qu’un pauvre bourg de campagne lequel n’est pas même muré” (2) .
 
             Ce bourg, qui est situé dans l’Élection de Niort, dépend de la Vicomté d’Aulnay, domaine de Sa Majesté, “de laquelle seigneurie Madame la Comtesse de Lamassaye, demeurant au Parc, en Bas-Poitou, es engagiste et en tire les revenus et émoluments”. Notons que le château est en bonne partie ruiné. Les villages voisins, qui appartiennent aussi à la paroisse, dépendent des seigneuries  vassales de Brie. Mondevis et Rocheroux.
                   Au point de vue judiciaire, la situation de la Vicomté est assez compliquée. Aulnay même, la Haute Justice est exercée dans le château, alors qu’à Mondevis elle appartient à Monseigneur Guy de Durfort, duc de Lorge, seigneur de Brie, Mondevis, Saint-Coutant-le-Petit et autres places. Brie et Rocheroux, tout comme le petit fief du Pouzat, n’ont que la Basse Justice, laquelle n’est guère exercée que pour les rentes par la comtesse de Limeraux et les autres héritiers du marquis de Dampierre (3). En raison de la proximité de l’importante forêt qui s’étendait alors sur un vaste territoire limité par Aulnay, Fontaine-Chalendray et Chef-Boutonne, et que l’on désigna sous le nom de forêt d’Argenson  dans les temps plus anciens,  Aulnay est le siège d’une gruerie  (juridiction de ce qui concerne les bois
                                      En 1700, on ordonne aux roturiers possédant fiefs et biens nobles de fournir des déclarations exactes contenant l’indication des fiefs et autres biens nobles acquis depuis 1692. Ils devront préciser s’ils ont droit de glandage et de pâturage. Cet avis, comme tous ceux qui concernent la totalité de la population, est affiché par les soins du sacristain et du syndic au poteau public de  la Halle, au cœurs même du bourg (4).
                            Chose curieuse, il n’y a point à  Aulnay de moulin banal. Il est plus avantageux aux habitants et plus profitable de donner leur blé à moudre à qui bon leur semble, “ainsi qu’il se pratique depuis fort longtemps dans la Vicomté “ (5), et bien que le 8 juillet 1688 le receveur des domaines du Roy de Chizé, Aulnay et Beauvais, (*) demeurant ordinairement à Chizé, ait affermé à Louis David, meunier du moulin de la Rivière, en la paroisse de Blanzay, la chasserandrie de la Vicomté d’Aulnay pour son moulin seulement moyennant la somme de trois livres payable au premier janvier (6).
Au point de vue économique, les habitants disent qu’Aulnay “est un pauvre endroit, même le plus pauvre de l’Élection” (7). En 1706, le syndic chargé de remettre à l’Intendant un mémoire sur la situation des habitants constate avec effroi que les froments : méture, orge, seigle, sont gelés et perdus complètement et que les vignes ne produiront point. Les noyers sont également gelés et il n’y aura pas de récolte de noix. Les brebis sont mortes.
Résultat : les habitants chargés de famille n’ont rien pour subsister ; les veuves et les orphelins mendient pour la plupart. Les journaliers languissent. Il est indispensable de diminuer le taux des tailles (8).
                                 En 1709, en 1710, l’hiver est des plus rigoureux et compromet à nouveau des récoltes. Pour comble de malheur, en 1711, “le dimanche avant le 5 mai, il tombe une si grande abondance de grêle que les grains, les lins, chanvres et foins sont perdus, les arbres fruitiers rompus et l’on ne pourra recueillir aucun fruit. Les habitants supplient à nouveau l’Intendant de les prendre en pitié (9).
                                A  Aulnay, il n’y a pas de manufactures de denrées, pas même de communautés de métiers, tout juste quelques artisans : Isaac Serpaud maître-taillandier, Hélie Gratia maître-menuisier, Henri Bouneau maître-chapelier, etc...
                                Il ne se fait pas de commerce important. “Les foires qui se tiennent à Aulnay sont des foires champêtres où il ne se vend que  quelques cochons morts que les bouchers de Saint-Jean-d’Angèly et de Saintes viennent quérir.” Les marchés “ne sont composés dans plus des trois quarts de l’année que de quelques femmes qui vendent quelques oeufs, fromages, fruits et poulets et de quelques “grenotiers”  qui vendent  le blé à boisseau aux pauvres particuliers “.  C’est pourquoi on n’y connaît point de billets de monnaie. Et lorsque, vingt ans plus tard (en 1732), le sieur Abraham Micheau, hoste du logis à l’enseigne des Trois Pigeons, sollicitera de l’Intendant la permission d’établir un bureau de change, les habitants déclareront à l’unanimité que le bourg d’Aulnay n’est point tenu d’avoir ni de tenir un tel bureau. Il n’y en a jamais eu, non plus que de marchands susceptibles de le fréquenter. Contrairement à ce que prétend Micheau, le Roy n’a aucun intérêt à un tel établissement. Ces marchands qui viennent aux foires champêtres n’apportent aucunes espèces d’or et d’argent anciennes, car ils sont originaires de Niort et de Saint-Jean-d’Angèly : villes où , de tous les temps, ont existé des bureaux de change. Les habitants disent d’ailleurs que Micheau serait inapte à remplir les fonctions de changeur (10).
                                Sans doute parce que les gens d’Aulnay sont  pauvres et parce que le commerce n’y est point important, il n’y a “que peu  de cabaretiers “. Pourtant, en raison de la proximité du Grand Chemin (route de Poitiers à Saintes), qui fut de tous temps emprunté par les pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle, les voyageurs font étape à Aulnay où l’on compte plusieurs auberges comme celles de Notre-Dame, des Trois pigeons, appartenant au futur candidat changeur Abraham Micheau, le logis des Trois-Marchands  dont Hélie Challe est propriétaire, celui du Dauphin  appartenant à Rippaud, celui des Trois-Roys dont  l’hôte est Me César Rullier.
                                Vers 1680, on comptait dans le bourg d’Aulnay et aux environs bon nombre de familles protestantes. “Ceux de la Religion Prétendue Réformée”, comme on les désignait alors, possédaient leur temple, leur propre cimetière près la douve. Aux bourgeois aisés et aux “petits gens” se joignait une bonne partie de la noblesse d’alentour. Pour être à proximité du temple, certains, comme Messire Legrand des Galais, seigneur de Courpeteau, et sa fille, résidaient même à Aulnay. Ils retrouvaient aux prèches les de Beauchamps, seigneurs du Grand Fief et de Cherbonnières, tout comme les de Cumont, seigneurs de Contré et de Chantemerlière, les de Collincourt, seigneur  de Presle en Saint-Coutant-le-Petit, et des “Religionnaires” de Brie, Saint-Mandé (alias Saint-Brice), Salles, Cherbonnières, la Villedieu, Contré et Villarsay. Et les dons affluaient au Consistoire, comme en font foi de nombreux actes notariés.
                                Pour Messire Jacques Desmier, prètre catholique, curé d’Aulnay et de la Villedieu, son annexe, la n’était pas toujours facile. Il avait bien du mal à faire respecter ses droits, à percevoir ses revenus. Raymond Gauvin, laboureur à boeufs du village de Malatrait, n’hésitait point à empêcher les dîneurs de dîner le froment sur les terres de la métairie de la Soulandrie, qu’il possédait à Aulnay (11) ; et il n’était point le seul récalcitrant. De nombreux procès intentés par le curé prouvent la mauvaise volonté des paroissiens. Disons d’ailleurs que la plupart de ces procès se terminaient par des transactions.
                                Messire Desmier meurt aux environs de 1704. On l’ensevelit à proximité de la Croix hosannière ; et, soixante-six ans plus tard, lorsque l’évêque de Poitiers ordonnera la réduction du cimetière trop important, les habitants, avant tout soucieux de ne point se voir entraîner à faire des dépenses considérables, diront “quelle triste circonstance” résulterait de l’exhumation de son cadavre et de ceux  de “nombre de personnes d’un certain rang” ensevelis auprès de cette croix . Ajoutons que le souci d’économie incitera les habitants à faire une description enthousiaste du monument “dont la sculpture et architecture est admirable et si ancienne qu’en la démolissant pour la transporter ailleurs, il n’y aurait peut-être aucune pierre qui pourrait servir, ce qui occasionnerait encore une nouvelle dépense...” (11bis).
                                En 1680, l’église Saint-Pierre était mal entretenue ; celle des RR. PP. Carmes, située à mi-chemin entre mal  l’église de Saint-Pierre et le bourg, était en bien mauvais état.
                                C’est alors que la politique royale devenant plus hostile à l’exercice du culte réformé, les Intendants se mettent à faire du zèle et logent des troupes chez les habitants protestants dans l’espoir de les convaincre de se convertir. Aulnay va connaître pendant près de vingt-cinq ans le régime de l’occupation militaire avec toutes ses rigueurs. Et, le 13 mars 1685, on doit nommer un syndic tout spécialement chargé de veiller au logement des gens de guerre (12).
                                Henri de Beauchamps, seigneur du Grand-Fief et de Cherbonnières, époux de Magdeleine de Ponthieu, abjure dès l’année 1682. Ce fait ne manque point de lui attirer la rancune et, dit-on, les poursuites de ceux de ses créanciers qui furent ses anciens coreligionnaires...
                                D’autres conversions sont enregistrées à la même époque. Jacques Bonneau, marchand, et sa femme Catherine Aubin déclarent, le 27 novembre 1682, être nouveaux convertis dans la Religion Catholique, apostolique et romaine. Il avouent par contre que leur fille Marie, âgée de 20 ans, fait encore partie de la R.P.R., dont elle a toujours fait profession (13).
                                A la fin de 1685, les conséquences de la Révocation de  l’Edit de Nantes du 18 octobre ne tardent pas à se faire sentir. Aulnay  “est accablé par les gens de guerre qui y logent journellement. Tant cavaliers, dragons qu’infanterie, soldats de marine, compagnies et réserves d’infanterie”.
                                Le pasteur, Messire Segond de Chaussepied, écuyer, se voit dans l’obligation de s’expatrier. Il en est de même de Louise de Cumont, sœur de Jean de Cumont, chevalier, seigneur des Estières en la Villedieu (lequel préfère abjurer). Louise de Cumont est veuve d’Auguste de Lastre, seigneur de Choisy et de Chantemerlière.
                                Nombreux sont ceux qui se convertissent    ----   tout au moins pour la forme ---- pour échapper aux persécutions. C’est que ces conversions ont parfois lieu manu militari, comme en témoigneront en 1754 deux vieillards : René Pacaud et Antoine Pérat, respectivement âgés de 83 et 81 ans. Ces deux habitants certifieront par devant notaire “avoir vu plus de soixante ans auparavant ---- donc avant 1694 ---- les Dragons jaunes saisir au corps le sieur Legrand des Gallais et vu qu’ils le plongeaient dans la rivière pour le forcer à faire abjuration”. Après quoi Legrand et sa fille Marie, dame de Saint-Hermine, sont conduits au Couvent des Carmes pour abjurer à la face de l’Eglise (14).
                                La troupe semble avoir occupé le bourg d’Aulnay, par intervalles durant plusieurs années. En 1686, c’est le régiment de Champagne qui y tient garnison (15). En 1690, Noé Liege (originaire de Loiré), qui est désigne comme “distributeur de l’argent de l’Etat”, remet aux habitants ce qui leur est dû pour le logement des gens de guerre. Le règlement se fait alors sur le pied de 5 sols 6 deniers pour l’Infanterie et de 19 sols pour les cavaliers (16), mais les habitants d’Aulnay ne s’en montrent guère satisfaits. En 1692, les 27 et 28 février, ils ont tout particulièrement à se plaindre du et du second bataillon d’infanterie irlandais de Wacop, “lesquels, par violence, entrèrent dans la maison du syndic auquel ils firent donner un nombre infini de billets remplissant les maisons de soldats. Après quoi ont été chez les pauvres habitants et se sont nourris, logés et gouvernés avec les équipages, faisant donner à chacun des hommes des sommes  considérables d’argent outre les nourritures”. Les habitants n’eurent aucune récompense, les syndics furent battus et maltraités. Leurs maisons furent environnées jours et nuits et pillées. “Linceux, laynes et hardes disparurent...” “... Les soldats emmenèrent les bœufs et les charrettes, les chevaux des pauvres voituriers sans  rien leur donner. Ils emprisonnèrent les femmes et les enfants pendant quatre ou cinq heures “. Le nommé Raffin, qui était chargé de veiller à l’étape, était d’accord avec les soldats pour faire disparaître les billets de logement. Les habitants se plaignirent à lui, Raffin se mit “à jurer et blasphémer le Saint Nom de Dieu” ; il était alors accompagné de “satellites et garnements nommés Marchand et Gallais, ses voisins. Il fit voler par les soldats une barrique de très bon vin à un pauvre habitant nommé Jean Durand”. Quand ce dernier s’en fut réclamer son bien, “Raffin fit grand bruit avec ses satellites” (17). Plusieurs personnes, dont une femme enceinte, furent maltraitées et frappées avec sabres et épées.
                                A la suite de ces événements, dans une plainte adressée à l’Intendant, les habitants déclarent que “le lieu d’Aulnay est faire compassion et réduit à la mendicité ; le tiers des maisons est vacant. L’autre partie est constituée par des personnes qui sont sur le point de quitter le lieu s’il n’y est promptement pourvu”.
                                Fort heureusement, les divers régiments qui se succèdent dans la localité ne laissent pas tous d’aussi fâcheuses traces de leur passage. Pourtant, en 1711, c’est à nouveau une plainte à l’encontre des soldats que les habitants, réunis à la diligence du syndic, adressent à l’Intendant, car “ le régiment d’infanterie d’Autelot et sept compagnies de Dragons de Lestenoir ont mis le désert, obligeant plusieurs personnes à quitter le pays” (18).
                                On peut discuter la valeur morale de telles méthodes, mais on doit reconnaître qu’elles furent efficaces ! Les nouveaux convertis sont si nombreux que, dès l’année 1686, Messire Desmier, curé, juge indispensable de faire procéder d’urgence aux réparations de l’église Saint-Pierre. Il y consacre 324 livres 14 sols : soit 150 livres pour la chaux et la tuile, 66 livres payées à Salluzard, tailleur de pierre, 48 livres 14 sols payées à  Estienne Bejeon qui a refait le pavé, 58 livres payées à Mathieu Babillon, maçon de Néré, qui a blanchi les murs à l’intérieur (19).
                                Il est bon d’avoir sa sépulture dans l’église des Carmes. Des nobles comme la Dame Hélie-Françoise de Raymond testent dans ce but en 1686 (20). Quant à Bénigné Giraud, veuve de Messire de la Laurencie, vivant chevalier, seigneur de Mourière, demeurant au logis de Saint-Méard, dans la paroisse d’Aulnay, elle donne des précisions. Elle veut être ensevelie dans la chapelle Saint-Méard joignant l’église des RR. PP. Carmes ; elle supplie Monsieur le Curé et les Religieux de lui faire honneur d’assister à son enterrement.
                                Sur son “coffre”, elle désire qu’on place “un drap noir valant 2 pistoles, au coin duquel il y aura du taffetas blanc et audit endroit nécessaire. Et son corps ayant été porté dans la dite chapelle, elle veut qu’autour d’iceluy  il soit mis six cierges d’une grandeur et d’une grosseur raisonnables pendant le temps qu’il faut pour faire l’oraison funèbre. Elle demande que le susdit drap demeure exposé sur sa fosse pendant le temps et espace d’un an et que l’on fasse pour le salut de son âme les services de huitaine, de quarantaine, etc...”.
                                Dès sa mort, on fera venir six vingt pauvres, lesquels on fera mettre de genoux pour dire un Pater et un Ave. On leur donnera chacun un sol. Enfin, pour que ses héritiers puissent faire réparer ladite chapelle qui est for ruinée, Madame de la Laurencie délaisse tout ce qu’elle possède dans le logis noble de Beaulieu (21).
                                Les bourgeois et les bourgeoises ne veulent pas demeurer en reste et, en 1698, c’est Hélène Régnard, épouse de Me François Perthuis, maître-chirurgien, qui teste en faveur des Carmes et réclame en leur église le droit de sépulture (22).
                                Au Couvent des Carmes vivait en 1694 Messire Denis Marin de la Chastaigneraye, docteur en droit canon et civil, clerc du diocèse de Paris, prieur comandataires du prieuré de Notre-Dame d’Oulmes, ordre de saint Augustin (23). Les pauvres religieux ne devaient pas tarder à regretter l’hospitalité donnée à ce seigneur aux mœurs dépravées ! Mais... laissons Maître Paumier, notaire royal, nous dépeindre le personnage comme il le fit par acte notarié en date du 24 avril 1696.
                                “La majeure partie des habitants de la paroisse ont constitué pour leurs procureurs généraux et spéciaux Mes Esnard et François (Perthuis), auxquels ils donnent pleins pouvoirs de se transporter où besoin sera pour représenter que Messire Denis Marin est une personne de très mauvais exemple et scandaleuse qui tourmente tout le peuple et ne donne de repos à personne, qui insulte à tous moments les RR. PP. Carmes qui sont de très bons religieux, qu’il commet des injures épouvantables contre Messire Desmier, curé de la paroisse, allant tous les dimanches quereller le public tant aux portes des églises qu’au  canton avec des violences extraordinaires, qu’il attire chez lui le nommé Murzeau qui est un criminel coutumier, qu’il ‘s’entend avec lui et d’autres) gens pour insulter le monde, qu’il maltraite le sieur Perthuis (*) de paroles le traitant d’assassin sur les grands chemins, de meurtrier de gens et de voleur, qualifie les sieurs Paumier et Esnard qui sont des notaires d’honneur de coquins, de fripons, de faussaires. Il sort le soir avec ses valets armés pour maltraiter le monde, querelle à tous moments les principaux du lieu, a fait mettre le pauvre sacristain de la paroisse collecteur, ce qui l’empêche de s’occuper du service divin, a de plus fait nommer à la collecte le fournier d’Aulnay qui fait cuire le pain, a fait taxer les habitants d’office à la taille, maltraite les collecteurs en exercice de leur charge, s’oppose à la délivrance des deniers du Roy, injurie le sergent des tailles, dit hautement qu’il fera pendre tout le monde, va en l’église des Carmes, les trouble en leurs vespres, menaçant les Religieux et en l’église de la paroisse troubler le service divin pendant la Sainte Messe, menace les commis des traites de les casser de leurs emplois. Et encore, jeudi dernier. traita le sieur Perthuis de sorcier et de voleur, fit des violences au dit Esnard qu’il prit à son habit et lui déchira, le traita de fripon, querella en même temps le sieur curé d’Aulnay, a reçu 50 écus pour les habitants qu’il ne leur a point rendus. Il s’immisse au logement des gens de guerre, à la nomination des collecteurs, à l’élection du syndic, va aux portes des églises, querelle le peuple, trouble le repos des familles, se fait exciter à pollution par le nommé Jacques Idreau qui l’a déclaré, déchire les rôles des pauvres collecteurs qu’il traite de voleurs et de sorciers, défend aux habitants de ne rien leur donner, querelle MM. Cornere ‘?), Morsage (?), Gallard, Audureau et tout le peuple, leur fait des menaces épouvantables, dit hautement qu’il veut tout ruiner, insulte le sieur receveur de la Villedieu ; enfin (les habitants) remontrent qu’il ne donne de repos à personne et que si cela continu tout le peuple d’Aulnay s’en va quitter et abandonner le lieu et les maisons et demandent par les dits procureurs de continuer justice “. (24)
                                Nous ignorons quelle suite immédiate fut donnée à cette plainte, mais nous retrouvons quelques années plus tard, en 1718, notre prieur de Notre-dame d’Oulmes frappé d’interdiction. C’est alors Maître Charles Jeudier qui est son curateur. Denis Gabriel Lange, conseiller du Roy, ancien notaire au Châtellet, est conseil de la curatelle. En 1724, c’est le propre frère du prieur, Maître Pierre Marin, chevalier de Saint-Louis, ancien officier de la compagnie des Mousquetaires du Roy, demeurant à Paris, rue Zacharie, qui administre les biens du prieuré d’Oulmes (25 et 26).
                                La situation est d’autant plus lamentable qu’après avoir été persécutés et pillés par les gens de guerre venus les convertir, après avoir subi les actes de banditisme de Messire Denis Marin, les habitants ont à déplorer les conséquences catastrophiques des rudes hivers de 1709 et 1710.
                                Aux dires de Charles Colbert de Croissy, en 1665 on comptait 193 feux dans la paroisse d’Aulnay (*). En 1692 déjà, on disait “le tiers des maisons vacantes”. Enfin, en février 1711, les habitants “sont peu nombreux ; encore faut-il compter 40 pauvres femmes veuves et un nombre infini d’enfants orphelins qui mendient et languissent de faim...”
                                A la fin du règne de Louis XIV, Aulnay est un “pauvre endroit”, peut-être bien en effet “le plus pauvre de l’Élection".
 


Texte de Marguerite VAYLLE-DORBEAU
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Tiré à part du bulletin de la société de géographie de Rochefort
Tome 1  -  2ème Série
N° 11  -  1964
                                                                                                             
(1) les renvois sont des références à des actes notariés.

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